Il pleuvait des oiseaux, de Jocelyne Saucier

La petite communauté qui vit dans les forêts d’une région sauvage du Québec, située au nord de l’Ontario, s’agrandit et diminue au gré des évènements. Les deux principaux protagonistes sont le froid pinçant du grand nord qui contraste avec Les Grands Feux qui ont dévasté la région entre 1910 et 1920. La venue de deux femmes va bouleverser ces hommes épris de liberté. Une photographe venue enquêter sur le dernier survivant des grandes flammes et une vieille dame. Même si Ed Boychuck, (son prénom reste assez vague), n’est plus, il est toujours omniprésent, il est l’épicentre de cette histoire inédite où le partage et l’amour sont de mise. L’auteur nous livre une belle histoire avec en fond de toile une vie spartiate et le mot « marginalité » pour vivre pleinement sa liberté. Le froid et les campements montrant une vie difficile sont édulcorés par la solidarité de ces campeurs vivant en retrait des grandes villes. Ces marginaux ont tant à offrir : un passé lourd et avec juste cette quête : l’amour qui leur permettrait de panser leurs cicatrices d’antan.

Chaque personnage est touchant imposant même le respect.

Le dénouement inattendu offre une dernière touche plus romanesque que le reste du récit.

La lecture de ce livre émouvant nous donne une belle leçon de vie, que nous ne sommes pas prêts d’oublier.

 

 

Rose-Marie Thénin

Bakhita, de Véronique Olmia

Bakhita, née au Darfour au milieu du XIXe siècle, est enlevée par des négriers à l'âge de 7 ans. Revendue sur un marché des esclaves au Soudan, elle passera de maître en maître, et sera rachetée par le consul d'Italie. Placée chez des religieuses, elle demande à y être baptisée puis à devenir sœur.

Voilà pour le résumé.

Ce qui m’a surtout frappée, c’est le détachement avec lequel les choses les plus difficiles à comprendre et à accepter, sont dites.

La terrible souffrance évoquée dans chaque ligne à être esclave, Bakhita attifée de cette nouvelle peau, elle la crie à sa manière avec une telle retenue que cela en gênant pour le lecteur. La mort côtoie souvent cette douleur, sa complice. Ce qui va de pair avec l’insignifiance de l’être humain. Bakhita, impuissante, assiste aux côtés sombres de l’âme humaine. Elle est témoin de cette horreur et nous la transmet brute afin de susciter en nous une prise de conscience immédiate. C’est comme si elle ne pouvait plus réagir pour et ne plus ressentir en signe d’abnégation, en signe de renoncement d’elle-même. Bakhita est le manifeste de la femme et de sa résignation devant la folie meurtrière des Hommes. Elle incarne à elle toute seule la Passion du Christ. Elle a vécu tous les maux que cette terre abreuvée de sang peut porter, et cela sans dire mot, sans désobéir.

Et pourtant, elle est l’antithèse de cette horreur, elle s’est fait amour pour toutes ces raisons, pour tout ce qu’on n’a pas voulu lui octroyer. Elle se tourne vers Le Saint Père, transfert du sien qui n’a jamais pu venir la sauver. Elle n’attend qu’une chose la rédemption de tous ses péchés pour pouvoir enfin s’adonner totalement à sa grande mission : DONNER, surtout aux tous petits afin de démystifier son enfance dénaturée.

Elle est enfin pardonnée après sa mort lorsqu’elle reçoit un honneur posthume bien mérité.

Bakhita, qui durant son douloureux parcours, en a même oublié sa propre langue, soit son identification culturelle et son prénom qu’elle n’arrive plus à se souvenir. Mais pas son âme. Seul le lecteur lui sait qu’elle ne l’a pas oublié tout à fait. L’instinct de conservation a fait son œuvre.

 

 

 

Rose-Marie Thénin

Le lecteur de cadavres, d'Antonio Garrido

Cet ouvrage nous raconte une tranche de vie déterminante et authentique du jeune Song Ci. Nous sommes en Chine du XIIIème siècle. Dynastie Song. Ce grand pays est confronté aux barbares du Nord les Yin qui veulent les envahir. L'auteur aborde plusieurs thèmes. La pauvreté qui va de pair avec la saleté repoussante environnante. On est face à une Chine en mal de dignité qui a souvent recours aux mensonges invétérés, aux complots dénonciateurs afin de se faire une place dans cette société très hiérarchisée. Un tableau d'une très grande violence, voire insoutenable, nous rappelle que le châtiment corporel était très souvent utilisé pour ne pas remplir à tord les prisons déjà surchargées. Mais, je suppose que dans nos contrées, à cette époque, on devait faire plus ou moins pareil. Mais ce qui est vraiment décrit avec beaucoup de soins, ce sont les débuts de Ci en tant que "Lecteur de cadavres", mettant en pratique ses nouvelles connaissances sur la médecine légale. Le jeune Ci, précurseur de ces techniques qui permettent de déterminer la cause du décès,  a fait preuve tout au long de l'histoire de sagacité, de finesse d'esprit, d'une honnêteté indélogeable, mais surtout d'un don indubitable qui su faire avancer les choses dans ce domaine.

Du début jusqu'à la fin, nous sommes captivés par ce roman quelque peu historique, que ce soit par le récit par lui-même, mais aussi sur les nombreux meurtres à élucider. un très beau moment à découvrir ou à redécouvrir.

 

 

Rose-Marie

L’amie prodigieuse, d’Elena Ferrante (Livres 1, 2, 3)

Ce livre, pour les femmes, est un manifeste sur la condition féminine dans le Sud de l’Italie, à Naples dans les années 50/60 et 70.

Les nombreux protagonistes doivent lutter à leur façon pour sortir absolument de la misère environnante. Dans ce climat d’insécurité permanente, on constate avec effroi que la violence supplantée par la haine des clans de la mafia, ne fait qu’accroître ce parfum délétère et entêtant de la vengeance mêlé à la trahison. L’auteur juxtapose habilement ce tableau dénaturé en nous livrant un message incontournable qui est : quoique l’on fasse, on ne peut sortir de sa condition sociale. Et pourtant, Elena et Lila sont deux amies que la pauvreté a rapprochées. Elena subit une attraction extraordinaire par Lila qui se montre rebelle à tout. Elle veut absolument essayer de changer sa condition et celle des autres femmes qui n’ont pas la force de se battre contre leurs maris violents, contre leur analphabétisme, contre leur vie recluse à la maison…

Tout le monde dans le quartier crache son venin sur l’autre afin de se libérer de sa mauvaise conscience.

La vie est bien plus qu’injuste. Lila montre une facilité déconcertante à étudier alors qu’elle devra s’arrêter après l’école primaire pour travailler avec son père et son frère dans la cordonnerie familiale. Elena devra beaucoup travailler pour avoir de bons résultats et avoir enfin accès à l’enseignement supérieur. Lila, amère de cet état de fait, se bat contre des moulins à vent pour gravir les échelons sociaux au prix de sacrifices inavouables, dont la résignation lorsqu’elle se marie avec Stefano qui peut lui apporter le confort tant attendu.

Les non-dits sont parfois plus importants d’où la confusion des sentiments éprouvés. Rien n’est comme on le prévoit. L’histoire nous conduit de surprises en surprises à toutes les pages. On a envie de continuer coûte que coûte, on se retrouve à notre insu dans une spirale infernale qui nous avale dans son sillage.

Ce livre est bien plus qu’une prise de conscience, c’est une ode à la misère de laquelle il est difficile de sortir, à la violence que subissent les femmes mais aussi les conditions désastreuses des ouvriers qu’il serait bon de changer.

L’amour est plus que malmené même lorsqu’il est présent. Il est devenu artificiel et peu propice au changement. On a du mal à le garder tangible tant les obstacles sont omniprésents. L’amour évincé, le pouvoir vient le plus souvent le détrôner à l’aide de grandes stratégies minutieuses pour détruire l’autre clan. Car le pouvoir, c’est la clé de tout.

Il y a un miroir, le même que celui que nous décrit Elena dans son article. La fiction et la réalité s’enlacent.

Elena a dû braver toutes les tempêtes sociales et familiales pour tenter de vivre enfin son amour avec Nino. Elle a pu de ce fait prendre sa revanche contre Lila.

L’auteur nous décrit le mariage comme une institution de complaisance faite pour annihiler le pouvoir des femmes dans une société en pleine transformation sociale et politique.

On est happés par ces deux vies qui s’éloignent et se rejoignent dans la douleur inéluctable que la vie laisse béante.

 

A quand le prochain volet ?

 

Rose-Marie Thénin     Avril 2017

 

Mille femmes blanches, de Jim Fergus

1874. La nouvelle nation de l’Amérique est en proie à de multiples guerres menées par les Blancs contre les Indiens, qui ne font que revendiquer leurs terres volées et leur liberté bafouée.

Le président Grand accepte pourtant de recevoir un grand Chef Cheyenne, Little Woolf, à Washington pour passer un accord qui pourrait remédier à cet état de crise : 1 000 femmes blanches contre chevaux et bisons.

Le président Grant veut sans doute de donner bonne conscience en acceptant ce compromis des plus inattendus. Des femmes de toutes origines se portent volontaires afin de mener à bien cette mission : Intégrer les indiens. Alors on balaye le pays pour trouver des femmes dans les prisons et les asiles, dont May Tood, dont le seul crime a été de vivre hors mariage avec le père de ses deux enfants qui lui ont été retirés lorsqu’on l’a qualifiée de folle. May n’a de cesse de décrire l’enfer vécu dans cet établissement de misère et veut croire à un avenir meilleur et qui sait retrouver ses enfants un jour.

Au travers de ses nombreux carnets, on assiste  peu à peu à l’installation de ces femmes, à l’espoir si volatile qui perdure jusqu’au dénouement funeste, à ce mensonge éhonté et si bien orchestré, qui répond au mot génocide dans l’unique but a été de confisquer les terres, piller les richesses sur les terres données et les convertir au christianisme.

On n’ignore pas comment s’est terminée l’histoire des Indiens d’Amérique, ces peuples nomades dont leur âme a été dérobée le jour où on les a parqués dans des réserves infâmes, annihilant tout signe de culture identitaire.

On ne peut que réprouver un tel comportement à la lecture de ce livre, réel manifeste de la suprématie des Blancs ne pouvant ignorer les hurlements des Indiens massacrés, ceci pour ne pas oublier notre ignominie.

 

Rose-Marie Thénin        Février 2017

 

 

Le bureau des Jardins et des Etangs, de Didier Decoin

Ce livre qui est une pure merveille.

 

Pouvoir voyager au XIIème siècle au Japon, a été une des plus belles destinations à découvrir.

 

L'écriture est simple et coule comme cette rivière si importante où sont nagent les belles carpes...

 

Dans cette histoire, le monde est pur, sans pollution aucune, si ce n'est la hiérarchie trop soulignée de la société japonaise. Les japonais ont apparemment des codes sociaux très marqués.

 

Le monde est beau au XIIè siècle, bien sûr,  les paysages sont vierges et rien de l'activité de l'homme ne vient les entacher. Sauf pour les petites gens qui subissent la haute sphère de la société.

 

Didier Decoin, de l'académie Goncourt, nous laisse découvrir ligne par ligne son histoire fantastique avec ses mots, avec ses phrases douces et belles qui restent dans notre inconscient à tout jamais.

 

On croit au début que l'auteur est japonais lui-même, mais il n'en est rien.

 

L'auteur réveille nos cinq sens, il réveille nos papilles visuelles, auditives, gustatives, tactiles et olfactives avec des nuances totalement inhabituelles pour nous occidentaux. Les couleurs ne manquent pas de rompre avec un paysage froid et feutré. Le toucher est omniprésent lorsque Miyuki nous parle de son mari défunt qui lui manque tant. Mais je crois que le sens le sens le plus caractéristique est tout de même l'odeur. C'est l'odeur qui donne le tempo dans ces pages. C'est le maître-mot. 

 

Ne reconnait-on pas un bon livre lorsque notre esprit a su vagabonder au-delà des mots ?

 

 

Rose-Marie Thénin        Janvier 2017

Aurevoir la-haut,  de Pierre Lemaître

Aurevoir  là-haut est superbement bien écrit. Pierre Lemaître a gagné le Prix Goncourt en 2013, cela n’est pas étonnant ! C'est captivant et tellement émouvant de voir toute cette misère humaine : tout d'abord ces êtres défigurés par la guerre physiquement bien entendu et moralement, mais aussi défigurés par cette déshumanisation dictée par une concupiscence nécrophage.

 

C'est un monde inconnu pour nous les jeunes qui n'ont pas connu cette guerre immonde où les soldats vivaient comme des rats crevés dans les tranchées de boue et de sang.

 

Dans ce projet incongru de grande envergure il y a aussi ce désir de combler ce mépris par la vengeance pour atteindre finalement la rédemption, peut-être.

 

Rose-Marie Thénin         Janvier 2017

 

 

Kafka sur le rivage, de Haruki Murikami

Nous avons toujours plaisir à retrouver cet auteur. Il garde les mêmes ingrédients pour nous donner le change.

Il nous livre une quête initiatique d’un jeune adolescent de 15 ans, qui se fait appeler Kafka. Il décide de fuir la maison familiale afin de déjouer une prophétie œdipienne annoncée par son propre père. Selon la prophétie, il devrait tuer son père, faire l’amour à sa mère et avoir des rapports étranges avec sa sœur.

Kafka sait pourtant ce qu’il faut faire pour tromper cette prédiction de mauvais augure.

Ses voyages sont un prétexte pour faire évoluer d’autres personnages dans des univers parallèles jusqu'à leur juxtaposition parfaite et leur fusion au dénouement final. Son destin est étroitement lié à ce vieillard Nakata, devenu autiste depuis un événement intervenu lorsqu'il était enfant. Il montre le chemin au plus jeune. On peut se demander s’il n’accomplit pas les actions à la place de Kafka pris dans un chaos métaphysique perpétuel.

On peut se demander si Nakata ne serait pas l’inconscient de Kafka. Il accomplit les choses que le jeune homme serait incapable de faire.

La philosophie est de rigueur dans une toile de fond sociale japonaise et les propos laissent dans son sillage des questions pertinentes pour lesquelles l’auteur nous laisse réfléchir.

La structure grammaticale est différente, passé-présent, on passe du «Je» au «il» afin de créer un flou dont même  le lecteur arrive difficilement à s’extirper. 

Kafka est bien l’homme sur le rivage, tout comme ce jeune homme de 15 ans est également sur le rivage devant ses questions qui n’auront jamais de réponse. Mais c’est aussi cette boucle intemporelle à laquelle on ne déroge pas.

Une belle histoire dont nous ne pouvons sortir indemnes. Une histoire d’amour certes, qui perdure dans le l’espace-temps qui s’étire ayant perdu toute sa signification.

 

 

Rose-Marie Thénin        Novembre 2016

L’appel du coucou et Le ver à soie, de Robert Galbraith

On pourrait se demander pourquoi l’illustre J.K. Rowling a voulu changer de nom pour écrire ses deux thrillers : L’appel du coucou et Le ver à soie.

Serait-ce la peur cuisante de l’échec après son épopée mondialement connue des Harry Potter ? Ou serait-ce pour changer de personnages, comme ceux qu’elle créé dans ses romans. Pourquoi ce pseudonyme masculin, qui plus est ?

Elle nous a toutefois bien convaincus. Elle sait manier sa plume prolifique dans tous les genres littéraires, que ce soit dans la fantaisie ou dans le policier.

 

 

Rose-Marie Thénin        Novembre 2016

Le gardien de phare, de Camilla Läckberg

Ce livre est écrit par une femme et on sent une sensibilité acérée que rien ni personne ne pourra taire. Dès les premières pages, dans ces pays loin des Hommes, au grand froid, en Scandinavie, on assiste à des tranches de vies abîmées et ténébreuses qui nous remplissent d’empathie à notre insu.

Il y a d’un côté la police qui enquête sur le meurtre d’un homme et de l’autre, les femmes qui ont un très grand rôle. Elles assurent le relai entre des hommes peu scrupuleux qui veulent assurer leur pouvoir sur elles et leurs enfants qu’elles tentent vainement de protéger contre cette violence gratuite qu’elles essaient de maquiller.

Les femmes sont les victimes de ce monde déshumanisé et froid où il semblerait qu’aucune échappatoire ne leur serait vraiment permise.

L’île, malgré les apparences, resterait le seul havre de paix et de délivrance.

L’issue était fatale, et presque facilement prévisible. Mais on reste sur notre faim concernant un fait des plus troublants qui n’a pu être élucidé. Peut-être, le prochain roman de l’auteur pourra nous dévoiler ce qui n’a pu l’être dans le Gardien du Phare ?

 

 

Rose-Marie Thénin

Lontano, de Jean-Christophe Grangé

Lontano est le retour aux sources en Afrique pour le clan Morvan, tous liés par un secret tangible et désespérant. La tension sera plus perceptible encore lorsque l’Homme-clou réapparaît à Brest et à Paris, en laissant dans son sillage ses meurtres d’une rare violence colorés de magie africaine. Or comment ce meurtrier, arrêté en Afrique par le patriarche du clan, (ce qui a contribué largement à sa célébrité), peut-il refaire surface, alors qu’il semblerait avoir été enterré il y a  plusieurs années déjà ? Et surtout pourquoi ce même modus operandi ? C’est ce que va tenter de découvrir Erwan Morvan, de la « Crim »,  le fils aîné, qui constate avec amertume qu’il devra mener une lutte sans merci à son propre père largement compromis, semblant toujours avoir une longueur d’avance sur lui.

C’est sur toile de fond de magie et de sang que ce combat va devoir s’opérer immanquablement, Erwan, le pilier de la famille, et Grégoire, le barbouze invétéré.

 

 

Rose-Marie Thénin

Nympheas Noirs, de Michel Bussi

L’auteur nous mène cette fois à Giverny, devenu célèbre grâce au très grand peintre, Monet, qui a voulu y vivre la dernière partie de sa vie. Après nous avoir transportés à Rouen durant l’Armada dans Mourir sur Seine, il nous promène dans les dédales de ce nouveau site, comme il aime nous promener dans les dédales de l’histoire, conjuguant habilement passé, présent et futur. Comme à l’accoutumé, il sème de fausses pistes laissant bien souvent le lecteur désarçonné.

Nous avons affaire à 3 femmes que seul leur âge diffère, liées par un lourd secret, liées par un fil meurtrier et invisible que rien ni personne ne saurait briser avant d’entrevoir une lueur autre que tragique.

Ce livre ressemble à un tableau peint, par un peintre impressionniste, et pourquoi pas Monet, lui-même du reste, qui tout au long de sa vie et bien après, nous aura délivré son art par petites touches pointillistes, que seul un dénouement final pourrait donner toute la teneur de ces mots devenus si fragiles. Le suspens est à son comble dans chaque ligne et il nous tarde de tourner les pages de ce roman devenu notre dernier refuge. Et puis les Nymphéas noirs, ne représentaient-ils pas le leitmotiv des dernières peintures du peintre semblant toutefois être transpercé par cette folie nouvelle de la fin de vie, qui parviennent à flotter tout de même sur une eau des plus troubles ?

 

Rose-Marie Thénin

 

La fille du train, de Paula Hawkins

Rachel prend le train pour se rendre à son travail se situant à Londres. Le matin, elle prend celui de 8 h 04 et l’après-midi pour revenir de la capitale, elle prend celui de 17 h 56. Mais depuis que Tom, son ex-mari l’a abandonnée pour Anna, Rachel se laisse dériver vers un No Man’s Land et nous fait basculer dans sa chute. Rachel buvait déjà depuis longtemps, cela date du moment où elle voulait tant un enfant, mais son état s’est empiré dernièrement. Sa vie est devenue des plus bancales, floue par l’alcool, mais aussi, par son tempérament romanesque. Dans quel coin de sa tête embrumée se situe la vérité ? Elle n’arrive plus à faire la part du vrai. Dans son train, à ruminer ses désillusions nombreuses, elle se réconforte comme elle le peut, avec un peu d’alcool parfois, mais aussi, avec un  imaginaire qui la conduit dans un ailleurs qui lui appartient. Elle passe deux fois par jour devant une petite maison identique et toute proche de celle qu’elle avait avec Tom, une maison qui était à elle, maintenant qu’elle n’a plus rien. Alors, elle s’invente une belle histoire de vie pour ce couple qui habite dans cette maison, pour démystifier sa vie passée, Jess et Jason, comme elle les appelle. Et puis, un jour, elle apprend par les journaux que la propriétaire de cette petite maison a disparu, ce qui fait chuter Rachel  un peu plus comme quand elle doit traverser ce tunnel qui lui fait si peur, près de la gare.

Au fur et à mesure, on découvre la détresse de chaque protagoniste. Elle est plus intense que celle décrite dans ces pages. On arrive à s’identifier à chacun d’entre eux immédiatement. On a hâte à les retrouver se débattant dans ces lignes qui nous amènent vers un retournement de situation digne d’un thriller de haut niveau.

L’auteur a choisi un style tout nouveau. Elle scande la journée en deux moments de la journée, un peu comme un journal, le matin et le soir à la même heure. On se laisse porter par ce son familier, cette sorte de pendule qui nous rassure un peu, ce roulis de train imperturbable que l’on entend au loin qui marque le temps qui défile et sur lequel on n’a plus aucun contrôle. Et pourtant, malgré le fait que  les autres moments de la journée soient occultés, le lecteur lui sait, il n’est pas dupe. Il sait que ces journées seront difficiles et longues à vivre pour chacun d’entre eux.

Passé et présent s’entremêlent pour fusionner à un instant « T » qui lève le voile enfin.

L’auteur joue avec cette échelle du temps sur laquelle une psychologie affinée des personnages se dessine, personnages en quête de rédemption.

La fin du roman est semblable au début, comme une boucle intemporelle rappelant les roues des trains sur les rails avec ce bruit qui perdure inexorablement enfin.

Nos étoiles contraires, de John Green

Que vaut-il mieux faire ? Lire un livre puis voir le film ou le contraire ?

Cela doit dépendre évidemment de l’auteur du roman, du réalisateur, du scénariste du film.

« Nos étoiles contraires » le film, m’a procuré une palette d’émotions que le livre, je le crains ne pourrai égaler.

Tout d’abord, pour le manque de relief, tout est dit de façon monocorde. Il n’y a plus ces moments comiques qui permettaient de dédramatiser les moments forts et redonner un impact beaucoup plus fort. Tous ces points d’honneur du romantisme et de poésie puriste qui édifiaient un absolu inaltérable ont été remplacés par une banalisation, voire une vulgarisation des sentiments les plus nobles. Les émotions exacerbées ne transpirent plus et n’ont plus leur place.

Pourtant, on retrouve des moments forts du texte mais ils ne retrouvent plus la teneur qui les caractérisait tant.

Le lecteur se serait égaré dans le méandre de ses lignes qui n’auraient plus la même signification à ses yeux.

 

 

Rose-Marie Thénin         Septembre 2014

Central Park, de Guillaume Musso

L’auteur nous livre encore ici un nouveau style, une nouvelle approche du roman. 

Cela fait un petit moment que Guillaume Musso ne se lance ni dans les fioritures, ni dans la 3D, ni dans le fantasmagorique, ni dans l’étirement du temps. Rien que la vie, rien que du concret, celui qui nous touche plus.

Il est clair pourtant que le lecteur semble moins captivé que d’habitude jusqu’au dénouement final qui vient dédramatiser un peu l’histoire.

Le message est bien passé, la vie peut vous cabosser comme une bombe à retardement.

Ce n’est pas anodin si Alice est atteinte de la maladie d’Alzheimer, toute jeune qu'elle est, si ce n’est pour réinitialiser sa vie tous les jours, si ce n’est cette amnésie épisodique afin de ne plus se rappeler des terribles traumatismes qu’elle a subis dans un temps « M », qu’elle n’arrive plus à déterminer elle-même.

Alice vit et revit tous les matins son propre cauchemar à l’instant « T » où sa vie a basculé.

Et qui sait, pourra-t-elle seulement retrouver le chemin de la sérénité ?

Le roman vaut la peine d’être lu pour cette belle leçon de vie.

 

Rose-Marie Thénin

Divergente 3, de Veronica Roth

Divergente, de Véronica Roth

Genre : Science Fiction

Le texte est écrit au présent, comme bon nombre de livres parus ces dix dernières années. Il n’y a pas de passé, il n’y a pas d’âme, comme s’il n’y avait pas d’histoire.

L’autre thème remarqué est que la trame chronologique implique de jeunes gens (jeunes hommes et jeunes filles) se trouvant à l’aube d’une révolte post-apocalyptique.

On avait commencé par la saga Harry Potter, écrite par J.K. Rowling, puis Hunger Game, auteur Suzanne Collins, et cette trilogie habitée par Tris, 16 ans, qui vit chez les Altruistes, et qui devra choisir une autre faction, les Audacieux, sachant que son test s’est révélé non convainquant.

Tris est une jeune fille en quête de son identité mais sait montrer aucun sentiment. Les descriptions même des bâtiments, devenus des ruines, sont froides comme le verre.

Tout paraît calme et pourtant gronde une grande tempête. A la fin de l’opus 1, on a un bel aperçu de la révolte liée à un amour naissant. D’ailleurs l’intensité des sentiments amoureux grandit en parallèle avec la guerre qui est en train de se préparer.

Pour conclure, les hommes resteront des hommes, quelle que soit leur faction. Leur propension à combattre ne peut et ne sera jamais effacée.

Leur insubordination subsiste toutefois, et cela reste une aubaine.

 

On a hâte de découvrir le deuxième volet !

 

 

 

Rose-Marie Thénin          

 

 

Inferno, de Dan Brown

Nous avons plaisir à visiter ou revisiter des villes symboles de l'art par excellence, les cités appelées, et à juste titre, les plus belles du monde, telles que Florence, Venise et Istanbul. De surcroît, on fait cette approche guidée avec l'éminent professeur de symbologie dans la prestigieuse université américaine d'Harvard, Robert Langdon. Il est l'auteur de plusieurs livres parlant de symbologie et est reconnu mondialement.

Pourtant, cette fois, Robert Langdon devra déchiffrer, dans un temps record, ce message qui ne laisse aucun doute sur l'humanité, ou notre inhumanité. C'est la science contre l'art. Pourtant, la vie du professeur est bien en danger, et ce dès la première ligne. Il aurait entre les mains une chose qui pourrait changer le cours de la face du monde.

Grâce à l'art, Robert Langdon nous aide à décrypter ce jeu de piste effrayant.

L'auteur pointe du doigt notre risque qui s'ensuivrait d'une manipulation génétique mal employée, et nous avertit de notre impuissance face à l'inconnu.

Peut-on se permettre de se prendre pour Dieu ? Seul lui, déteindrait notre vie entre ses mains. Les hommes, par concupiscence et avidité, veulent laisser leur pas dans l'Histoire. Mais, cela peut-il se faire à n'importe quel prix ?

L'auteur, habilement, nous déroute en nous donnant de faux indices jusqu'à la fin.

Mais, Robert Langdon va-t-il pouvoir mener à bien sa mission de toute urgence à temps ?
Va-t-il pouvoir parvenir à déchiffrer ce rébus funeste avant qu'il ne soit trop tard ?


 

Rose-Marie Thénin        

 

Le jeu de l’ange, de Carlos Ruiz Zafon

Tout comme dans le roman de Carlos Ruiz Zafon,  L’ombre du vent, ici, l’environnement est toujours hostile. Je dirai même que Barcelone est devenue le personnage principal. On la voit tantôt comme la ville rouge de sang, tantôt comme la ville de cendre et de boue. L’environnement est décrit par l’auteur au gré des émotions ressentis, afin de mieux percevoir l’impact dramatique.

L’histoire se déroule avant L’ombre du vent, dans les années 1920.

Le jeune David Martin est chroniqueur à la Voie de l’Industrie. Il a dix-sept ans et toutes ses illusions. Ce qu’il aime avant tout c’est écrire… C’est lorsqu’il rencontre un certain Corelli que tout se met en place ne laissant aucune minute de repos au lecteur fiévreux de connaître la suite.

Ici aussi, l’auteur nous parle d’un autre auteur et de livres, afin de mieux faire écho à sa propre passion.

Zafon semble ici aussi omnibulé par un autre moi qui aurait vécu la même chose que lui dans une vie antérieure, afin de mieux trouver le chemin de la rédemption.

Le jeu de l’ange est cette part sombre en nous qui souligne notre ambiguïté. Mi-ange, mi-démon, nous portons cette marque des ténèbres en nous, à notre insu, jusqu’à frôler l’instance divine. On se demande même si l’auteur de cette histoire, c’est-à-dire David Martin aurait perdu la raison, ce qui nous rappelle Le Horla de Maupassant. On se  demande s’il n’est pas devenu cet esprit malin qu’il décrit si bien.

David est en totale perte de son identité. Andrea Corelli, qui lui promet tant, ne serait-il pas tout bonnement le reflet de son âme ? Existe-t-il vraiment ou est-ce un autre de ses mensonges qu’il se fait encore ?

Ici, les évènements se propagent à l’échelle du temps de façon répétitive et explicative. Le temps lui-même a perdu de son éclat, il semble s’être étiré. On a du mal à le quantifier en jours, en saisons… Le lecteur éprouve comme une impression d’éternité délétère qui viendrait nous renverser dans sa chute.

David Martin incarne le malheur, les désillusions dès le début, quelque chose qu’il ne pourrait atteindre même du bout des doigts. Il parcourt difficilement sa quête initiatrice pour que l’auteur Zafon soit lui-même rassuré s’il s’est bonifié. Au dénouement, lorsque le lecteur vient de perdre tous ses espoirs, le narrateur, miroir de David Martin, s’est forgé une vie éclatée de précipices béants à franchir durant toutes ces années de déserts brûlants. Aurait-il trouvé le chemin du pardon qu’il se ferait à lui-même ? Aurait-il le droit d’une nouvelle chance ?

Comme dans L’Ombre du Vent, la fin vient boucler le début pour nous rappeler que la roue de la vie est en perpétuel mouvement.

L’auteur et David Martin ne font qu’un.

Zafon décrit l’enfer tel qu’il le perçoit et nous en recevons les éclaboussures incandescentes.

Comme toujours, le style est riche d’émotions exacerbées, avec à la clé un glossaire des plus représentatifs.

Pour conclure, l’histoire sait nous émouvoir en nous apportant beaucoup de richesses qui ne glisseront pas dans les abysses de nos mémoires.

 

Rose-Marie Thénin

L’Ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafon

Dès les premières pages de ce roman, le lecteur sait trouver son chemin et se sent captivé immédiatement.

Le style est d’une grande pureté à nous couper le souffle et sait nous happer dans son univers. Je me suis souvent vue sourire par ces phrases d’une grande profondeur.

La description précise que fait l’auteur de Barcelone nous culpabilise de ne pas la connaître encore.

De plus, cette ville est tantôt noyée sous une pluie de cendre, tantôt gémissant sous le vent, tantôt plongée dans l’enfer estival. Quelle peut bien donc être la raison ? Barcelone subit les effets dévastateurs de l’environnement politique et émotionnel de nos héros créant ainsi une instabilité sans pareil et des pics ascendants qui permettent de souligner l’impact dramatique. Le climat et les couleurs destructeurs de ce lieu épousent l’environnement hostile et nous rappellent ces tristes années, bafouant ainsi tous les principes de la démocratie. Rappelons que L'Espagne franquiste ou franquisme est le régime politique fondé par le général Francisco Franco, qui exista entre 1939 (fin de la guerre civile) et 1977... D’ailleurs, l’auteur n’oublie rien et le fameux inspecteur incarnant à lui tout seul la terreur se nomme Javier Fransisco Fumero

On assiste à plusieurs retours en arrière, tout en gardant du coin de l’œil le présent qui risque à tout moment de changer la destinée du jeune Daniel. Le suspens se trouve dans chaque ligne et sait nous envelopper dans la toile magique des mots tissée par l’auteur.

D’autre part, il y a comme un parallèle, un mimétisme absolu entre les deux vies de Julian Carax et Daniel Sempere, voire une fusion. D’ailleurs, Daniel dit après avoir lu les mémoires de Nuria Montfort : « c’est mon histoire, notre histoire ». Quand Nuria parle de Daniel à Julian, celui-ci répond : « On dirait que tu parles de moi». On se demanderait même si Daniel ne serait pas une réincarnation de Julian tant leurs existences se ressemblent, et cela nous rassure quelque peu. L’histoire ou les histoires reste (nt) gravée (s) dans le temps malgré les années qui passent. La boucle est bouclée, la fin ressemble étroitement au début, le flambeau sera passé.

Car l’auteur, habilement nous raconte une histoire d’un jeune héro écrivain Daniel, (qui ne le sait pas encore), mais aussi celle de Julian, (dont le talent est sans cesse muselé), tel un écho qui se perpétue à l’infini, et de livres qu’on ne peut oublier, malgré le lieu de leur découverte. Ici l’auteur marque tout bonnement son propre engagement en nous disant que l’écriture des hommes restera vivante, et quelque soit le régime politique en vigueur. Carlos Ruiz Zafon nous confirme tout simplement que la liberté des hommes passe inévitablement par l’expression écrite, par les mots déversés dans des pages avides d’être lues, même si une main mal intentionnée veut brûler les livres contenant ce trésor inestimable, qui pourrait très bien être les instances politiques. Et cette démocratie tant évoquée ne peut que demeurer à tout jamais dans le cœur et l’âme des hommes, au gré de L’Ombre du vent.

 

Rose-Marie Thénin

Histoire du Juif errant, de Jean d’Ormesson (de la Comédie Française)

Il y a quelque chose d’immuable dans ces lignes que nous narrent avec fougue Simon, alias Isaac et tous ces autres… C’est en fait l’histoire de tous les hommes coincés dans les couloirs du temps, avec comme maitres à penser Jésus, Mohamed en passant par Bouddha. Notre vie ne se mesure pas aux frontières d’années plaquées sur une échelle dérisoire, mais plutôt sur un plan cosmique.

Simon étant notre pâle reflet, une partie de tout l’univers, l’unité Temps/Espace n’a pas simplement retrouvé sa place, elle a su retrouver aussi toute sa cohésion. Simon a endossé toutes nos passions, au sens large du terme pour nous les révéler, et que nous nous en imprégnions au risque de faire basculer notre conscience collective.

Simon, était un simple cordonnier, en ce temps-là, il y a plus de deux mille ans. Il a refusé un verre d’eau à Jésus sur le chemin du Calvaire. Jésus lui a répliqué : « Moi, je marche pour mourir, mais toi, tu devras marcher pour vivre ». Mais cela aurait pu être évité, si le destin en avait voulu autrement. Depuis, Simon, est maudit, il est devenu le Juif errant, et le demeurera éternellement. Il devra porter les passions comme celle du Fils de Dieu, comme la sienne, ces souffrances que tous les hommes endossent afin de forger l’humanité.

L’éternité a souvent séduit bon nombre parmi nous. Pourtant, pour ceux qui attendent leur terme comme une délivrance, cela est irrecevable… Simon aspire à ce temps de repos qu’on refuse de lui octroyer. Simon est conscient de son erreur. Il nous dit humblement, après toutes ces années d’errance : « c’est pour m’être refusé à l’amour que je suis tombé dans l’histoire. »

Du reste, quand on se confronte à l’Histoire, on se retrouve devant une multitude de personnages prêts à nous incarner.

En dehors du temps, Simon, alias Isaac et les autres, est pris au piège dans l’engrenage de l’espace qu’il se doit de remplir. Il doit marcher et marcher à tout prix pour vivre toutes nos épopées afin de mieux les restituer dans ses narrations qui feront l’histoire du passé et du futur. « Le présent s’est déjà évanoui », nous murmure-t-il.

A nous de le combler.

 

Rose-Marie Thénin

Truismes, de Marie Darrieussecq

Le porc, dans l’inconscient collectif est associé aux choses sales. Cet animal qui mange tous les rejets des hommes, est assujetti à tout un tas de croyances malsaines. Dans ce livre, il devient tout simplement un symbole.

L’héroïne anonyme de cette histoire est une jeune femme mince et belle qui croque la vie à pleine dents. Sa vie n’en demeure pas moins décousue, et devient peu à peu un objet sexuel. Voire plus. Sa transformation n’est pas seulement mentale, elle évolue physiquement. Elle se change peu à peu en truie.

Bien que le récit n’accroche pas tout de suite, on est à la fois happé par cette narration, et curieux d’en savoir un peu plus.

On peut toutefois se poser quelques questions qui peuvent nous permettre d’apprécier le texte à sa juste valeur.

L’état de « Truisme », ne serait-ce pas le reflet de ce que les hommes lui font subir ? Cette bestialité franche et sourde des hommes qui nous plonge dans une spirale infernale des plaisirs bien souvent non partagés.

Cette mutation marque aussi la différence et fait place à l’intolérance, le profit et le pouvoir. Cette métamorphose ressemble à s’y méprendre à celle de Kafka. On voudrait que cela s’arrête. Les autres sont trop durs, ou « L’enfer, c’est les autres », comme disait Jean-Paul Sartre.

La vue du sang, est un autre symbole, celui d’une renaissance. Pour une jeune fille qu’elle était, naïve et pure, elle arrive à un point de non retour. Après la puberté, elle devient cette autre. Elle a atteint une nouvelle étape dans sa vie.

L’auteur nous fait plusieurs clins d’œil. Entre autres, l’association du cochon et du loup nous rappelle la contine d’antan, mais aussi nous intime à penser que le pouvoir s’est enfin rallié au plus faible. Par contre la relation mère-fille nous laisse quelque peu songeur…

Et pourtant, c’est bien le titre qui nous surprend en premier. Le titre est tout autant déroutant que l'histoire mais, également tout comme le style (des phrases courtes et hachées dites en une seule fois, en un bloc, sans aucune coupures de paragraphes, à s’en étouffer, comme si tout cela était difficile à digérer). Sans que rien ne soit vraiment dit, et tout en gardant une certaine pudeur, l’auteur nous dévoile les faits « divers » d’une façon crue, et sans équivoque, qui ne laissera pas le lecteur insensible.

On pourrait penser que ce titre « Truismes » ait été volontairement tronqué, et aurait dû être dans de meilleures circonstances « Altruismes », car cette héroïne ne veut pas dire « NON » et répond au message contraignant « Fais ‘plaisir’ », dans tous les sens du terme.

Par conséquent, après la lecture du livre, on comprend mieux le titre,  car c’est bien ces différents états de truismes - (devenir une truie) qui permettent à cet être de survivre dans un monde d’humains des plus hostiles.

 

 

Rose-Marie Thénin

 

Avicenne ou la route d’Ispahan, de Gibert Sinoué

Ce livre  regorge de merveilles qui canalisent notre curiosité.

Tout d’abord, le paysage, bien qu’il sache se montrer parfois des plus hostiles, il sait toutefois demeurer l’un des plus beaux sur notre terre.

Et puis, Avicenne incarne à lui tout seul l’Ethique, et même la célébrité qui l’accompagne ne l’enivre pas. Il sait garder la tête froide. Sa droiture nous est transmise comme un message bienveillant, jour après jour, ligne après ligne. Durant toute sa vie, il partage son altruisme, son amour pour le prochain. Il sait plus donner que recevoir, excepté lorsqu’il rencontre Yasmina ou Mariam, l’amour de sa vie…

Nous ne pouvons qu’être subjugués par cette connaissance que le Cheikh el-raïs veut bien partager avec nous. A dix-huit ans, Ali ibn Sina est Prince des Médecins, mais bien plus encore. Il nous délivre également avec beaucoup d’humilité, mais avec une certaine détermination, son savoir sur la chirurgie, la pharmacopée, mais aussi, et pas des moindres sujets, la philosophie, la métaphysique, l’astrophysique… Il nous éblouit par ses paroles et sait susciter notre envie d’en entendre plus encore…

Juif par sa mère, et musulman par son père, il semblerait que cette union est bien plus un message d’humanité. Ce n’est pas une pure coïncidence. On peut relever quelques similitudes entre ces deux grands livres qui régissent les règles de ces deux grandes religions, le Coran pour les musulmans, et la Torah pour les juifs :

-       De ne pas renier sa religion, c’est-à-dire soi, ce que l’on est,

-       Sauver un homme équivaut à sauver toute l’humanité…

Le pouvoir est omniprésent. Tous ces émirs veulent étendre leur royaume, ils souhaitent posséder plus que ce qu’ils ont déjà, et entrainent de ce fait leurs peuples dans des guerres implacables et meurtrières.

Ces lignes écrites dans un style qui nous ressemble vraiment auquel on s'identifie car il s'adresse à nous, seraient vraisemblablement dotées d’un pouvoir quelque peu spirituel dont nous ressortirions grandis, et cela représente en soi, un trésor inestimable.

 

Rose-Marie Thénin    

Demain, de Guillaume Musso

Le temps est le dénominateur commun dans ce pari audacieux.

2010. Nous sommes en décembre, veille du solstice d’hiver qui se prépare à être froid et menaçant. L’histoire dure un an, juste le temps de la course de la terre autour du soleil. Nous, lecteurs, partageons une aventure dans laquelle nous serons vite happés.

Matthew, professeur de philosophie, vit une existence heureuse avec sa femme Kate chirurgienne et leur petite fille Emily. Jusqu’au jour où Kate perd la vie dans des conditions des plus improvables.

Depuis, Matthew ne sait plus où il en est. Les bases sur lesquelles sa vie reposait ont éclaté en morceaux. Matthew se remet sans cesse en question.

Un an après, Matthew se rend à un vide-grenier. Il achète un ordinateur portable ayant appartenu à une certaine Emma, œnologue. Par le plus pur des hasards, ils parviennent à communiquer grâce à cet ordinateur qui abolie les règles du temps, car passé, présent et futur sont étroitement imbriqués par le biais de leurs e-mails.

Mais peut-on vraiment défier les lois divines et celles du temps ? Jusqu’où peut-on braver les lois de la fatalité ? Peut-on réussir à abolir les murs du mystère de la vie et de la mort ?

Ce n’est pas forcément le futur qui peut nous renseigner sur le présent, le passé a de grandes capacités aussi…

Revenons au titre du livre : Demain qui sonne comme un espoir logé en chacun de nous. On s’autorise à penser qu’il sera meilleur qu’hier. Que notre demain sache nous apporter sérénité et gommer d’un seul geste nos mauvais souvenirs tapis au creux de nous, à tout jamais, peut-être.

Cette histoire dure un an. Elle se termine comme elle a commencé, la boucle est bouclée.

Le temps est l'un des thèmes favoris de l'auteur et il sait très bien nous le faire comprendre. Il sait faire de son roman quelque chose qui n'échappera pas à notre attention. Il sait si bien conjuguer fiction et réalité.

 

Rose-Marie Thénin    

 

La vérité sur l’affaire Harry Quebert, de Joël Dicker

2008.

Le grand et jeune écrivain Marcus Goldman est en mal d’inspiration. Il découvre le syndrome de la page blanche.

Décidant de se rapprocher d’Harry Quebert, son ami et mentor, Marcus décide de retracer la vérité sur des évènements vieux de plus de trente ans qui ont ébranlé la petite ville d’Aurora, en l’occurrence le meurtre de la jeune Nola, dont Harry de 15 ans son aîné, s’était épris.

Ce livre nous conte une histoire parmi plusieurs autres histoires, une répercussion à l’infini, un miroir devant lequel on doit se présenter afin d’en comprendre toutes les subtilités.

Chacun des habitants d’Aurora nous présente un passé lourd dont il est difficile de s’extirper.

Et puis, il y a aussi cette ressemblance si frappante entre Harry et Marcus. Sur le plan littéraire, certes, mais aussi sur un plan plus personnel.

L’attention du lecteur est captivée jusqu’au dénouement qui appelle la rédemption, que le mal qui soit fait puisse être enfin réparé.

 

 

Rose-Marie Thénin    

Le petit copain, de Donna Tartt

Sud des Etats-Unis. La petite Harriet, 12 ans, vit dans l’ombre d’un grand frère assassiné, il y a plus d’une dizaine d’années.

Afin de découvrir l’auteur ou les auteurs de ce meurtre et comprendre la vérité, Harriet va devoir renoncer à son enfance et n’hésitera pas à se mettre en grand danger.

L’atmosphère est pesante, on comprend la mesure de la ségrégation bien que le temps ait passé, tout en sachant que les mentalités ne peuvent vraiment changer.

On vit au travers de chaque ligne un Sud en proie à ses fantômes les plus terrifiants.

 

Rose-Marie Thénin    

 

Les Ages sombres, de Karen Maitland

Il n’y a pas aucun doute, les histoires portant sur le Moyen Age ne nous laissent aucun répit. Sorcellerie, croyances, foi en opposition avec inhumanité, se querellent au nom d’un Dieu non miséricordieux, se querellent au nom de la luxure et de l’inceste, au nom de l’argent corrompu. Le décor est planté dès les dix premières lignes.

Ce livre très bien écrit, nous dessine un monde où il ne fait pas bon y vivre, voire survivre.

Du printemps à l’hiver, les épisodes de chacun des protagonistes nous apportent une grande dimension dramatique. Que ce soit auprès des paysans plus pauvres que la pauvreté elle-même, que ce soit auprès du Père Ulfrid qui a perdu de son aura religieuse et ses valeurs auxquelles il tente désespérément de s’accrocher, le suspens pousse le lecteur à poursuivre inexorablement sa lecture, avec, comme chaque personnage, la peur au ventre.

Il n’y a qu’avec les Bénignes, qui elles ont gardé un peu de chaleur que nous nous reprenons notre souffle de temps à autre.

Même l’environnement reste toutefois hostile. La lumière reste maudite dans un lieu qui l’est tout autant. Au printemps et en été, le soleil est trop chaud. Et en hiver, le froid sait mordre douloureusement.

Même la 1ère de couverture nous donne le tempo.

Chaque chapitre est vu au travers des yeux d’un personnage.

L’univers dépeint par l’auteur est si noir, de par l’histoire tout d’abord, mais aussi de par cette lumière rétrécie, où l’espoir a totalement abandonné les protagonistes. Ce monde nous fait terriblement peur. Les personnages demeurent sursitaires et ont peu de chance de trouver dans une de ces lignes une issue quelconque.

La seule alternative serait de prier.

 

 

Rose-Marie Thénin    

1Q84, de Haruki Murakami

Il est dit que lorsqu’il nous est difficile de quitter un livre, même après l’avoir lu, cela ne signifie-t-il pas que ces lignes dotées d’une force extraordinaire nous auraient transportés loin, très loin ?

N’est-ce pas non plus le but de la lecture ? Quand on se plait à lire et à relire certains passages jusqu’à satiété, ceux qui nous permettent de faire le point avec nous-mêmes, n’est-ce pas synonyme que le livre a su faire corps avec le lecteur ?

Nous sommes en 1984 au Japon.

Tengo et Aomamé se sont connus à l’école primaire. Dès ce moment-là, un lien très fort s’est inscrit dans leur mémoire cellulaire. Mais, le serait-il à tout jamais ? Ils n’avaient pourtant que dix ans alors.

Aujourd’hui, vingt ans après, ils sont vraiment seuls dans ce monde devenu difficilement respirable.

Lui est professeur de mathématiques dans une école préparatoire, mais aussi, il écrit des livres. Elle est instructrice dans un club de sport, entre autres…

Et pourtant, ce lien, toujours aussi fort, subsiste et cohabite avec l’unique espoir de se revoir, un jour.

Dans cette trilogie, étalée sur une période de neuf mois, (tout comme le temps nécessaire à la gestation humaine...), l’auteur nous amène au-delà de tout, au Japon, nous donnant également une image de la société de cette époque. L’écriture est fluide et coule comme le temps en pleine distorsion. L’auteur d’une manière adroite sait nous faire naviguer entre deux eaux troubles, deux mondes parallèles. Sommes-nous en 1984 ou 1Q84 dans lequel les deux lunes cohabitent, les Little People ont tous les pouvoirs et la Chrysalide de l’air est tapie dans l’ombre ? Les phrases alignées sur ces pages nous enveloppent ailleurs, loin de nos cœurs abîmés.

Haruki Murakami nous fait glisser dans le monde de l’étrange avec force et détermination, et sait habilement conjuguer le réel et l’irréel. Le temps et l’espace ont perdu toute signification. Entre ses lignes, l’auteur nous délivre des images qui peu à peu savent nous redonner l’espoir d’un monde nouveau où il ferait presque bon vivre, où l’amour est bien plus fort que tout. Car l’espérance est devenue le principal protagoniste dans cette œuvre indubitablement grande.

Tengo et Aomamé, toujours imprégnés de l’autre, nourrissent en eux chaque seconde le besoin naturel de se revoir. Mais vont-ils pouvoir se retrouver après avoir cherché l’autre durant ce temps devenu un manteau trop lourd à porter ? Dans cette quête initiatique qui devrait leur permettre de renforcer la force de leurs sentiments mutuels, vont-ils pouvoir braver toutes les tempêtes de ce monde 1Q84 pour pouvoir vivre enfin leur amour ?

Il va falloir se laisser bercer par ces mots si puissants afin de fusionner avec eux. Pour que le lecteur s’évade vraiment, il va falloir qu'il se laisse glisser pour rentrer lui aussi dans ces unités parallèles qui savent si bien nous attacher à elles pour que nous ne fassions plus qu’un.

 

Rose-Marie Thénin

Les pages de notre amour, de Nicholas Sparks

(Voir commentaire du film de Nick Cassavetes, N’oublie jamais)

 

Le film au livre est toujours plus séduisant que le livre ce qui est assez étonnant, d'habitude c'est le contraire.

La chronologie bousculée m'a un peu gênée. Les sentiments ont du mal à être perçus par le lecteur. Ils m'ont semblé moins réels que dans le film. Les émotions étaient aussi très émoussées.
Par contre c'est bien Noah qui parle, tout vient de lui, tout est vu au travers de ses yeux.
La seule chose qui compte vraiment c'est qu'il ait aimé vraiment comme on aime d'amour, et ça, ça n'a pas de prix.
Le fait que Noah et Allie aient 14 ans au début dénature aussi l'histoire, mais l'auteur a voulu gravé le temps dans la pierre pour bien souligner que la période était longue. Il n'avait pas besoin de cela, à mon sens.
On sait très bien que ces deux-là se sont tout de suite trouvés et cela perdurera jusqu'à à fin des temps, au-delà de la maladie d'Alzheimer dont souffre Allie. Ce n'est pas pour rien que l'auteur a choisi ce mal, celui qui détruit les cellules du cerveau, celui qui détruit tout sur son passage, la mémoire, celle qui abrite les souvenirs.
Mais il s'avère que malgré tout cela, Allie et Noah gardent toujours cette relation fusionnelle, et ce jusqu' au bout du bout, jusqu'à la mort, et même après.

 

Rose-Marie Thénin

Le miroir de Kassandre de Bernard Werber

L'auteur a voulu passer de nombreux message tels que l'engagement, notre propre engagement, l'intolérance des autres face à nos différences, la marginalité caractérisée par le dépotoir et les habitants de la Rédemption, la reconnaissance ou la non reconnaissance, la folie des hommes surtout vue dans les attentats et les expériences sur les enfants, sorte de leitmotiv, la communication ou la non communication versus la passion et le pouvoir des mots ainsi que leurs origines...

 

A ce propos, Kassandre connait l'origine des mots, propre écho de ses propres origines perdues dans sa mémoire devenue fragile.


D'autre part, Kassandre connaît
le pouvoir des mots, elle parvient à décider ses compagnons de bonne fortune à la suivre pour sauver l’humanité en danger.

Cassandre c’est un peu nous, l'avocat du diable souvent peu soutenue dans nos  projets. Mais cette force qu'elle a en elle, va peut-être, je dis bien peut-être, lui permettre de réaliser ses projets déterminants.

 

Il est bien que ce soit les marginaux qui s’engagent à faire bouger les choses, à vouloir transformer la société en chaos.

 

Kassandre ne survit à son frère uniquement parce qu’à un moment « M » elle cesse de se tourner vers le futur dans lequel elle ne peut s’empêcher de se projeter, pour ne vivre que l’instant « T », le présent, et s’ouvrir ainsi à l’amour…

 

Ce livre est une belle fable mais aussi un constat parfois sordide de notre humanité se désagrégeant peu à peu, juste à cause de la folie de certains hommes devant laquelle doit se battre une jeune femme prête à tout pour mener à bien sa mission…

 

Rose-Marie Thénin

La Dame de L’Oise, D’Annie Mullenbach

La Dame de l’Oise est le roman qui permet de se replonger dans le XIXème siècle avec délectation. Devant nous, se projette un vrai spectacle nous apportant une vraie sérénité, avec ce temps qui coule tout doucement, comme de l’eau, sans chaos, comme la rivière appelée l’Oise, avec ces tranches de vies de gens simples, mais qui ont eu une certaine importance à vouloir bâtir cette nouvelle société en laquelle ils croyaient, ces gens simples, auxquels on s’identifie, qui veulent avoir accès au bonheur, vivre l’ Amour avec passion, et seulement avec passion, bien que les sentiments sont dépeints avec une grande délicatesse, comme il était de mise à cette époque.

Le temps, protagoniste principal, avec sa vieille complice la rivière coulant irrémédiablement vers notre destinée, passe lentement, tout en donnant une image claire de la société, des différentes sociétés de cette fin de XIXème siècle. On observe du coin de l’œil ces histoires de femmes et d’hommes, surtout ces histoires de femmes car le livre dépeint plus la condition féminine durant ces années, mais aussi ces histoires d’amour en toile de fond, avec ces rencontres, ces espoirs et ces désespoirs, toutes différentes les unes des autres.

Pour accentuer ce regard inquiet vers le temps, l’auteur nous fournit des références historiques, Napoléon 1er, Louis-Philippe, Le coup d’état et l’accession au pouvoir de Napoléon III, la guerre de 1870 avec les prussiens et ses conséquences, la Commune, la société rurale vivant ou plutôt survivant comme elle le pouvait.

La Ville de Beaumont sur Oise permet de se ressourcer. Elle permet de se reconstruire le plus souvent. C’est là qu’il faut aller pour vivre la vraie vie.

Le titre nous le dit, La Dame de L’Oise, il est au singulier, il ne peut y avoir qu’une seule et unique Dame de l’Oise, années après années, au vu du dénouement. La boucle est bouclée. Il est indispensable de venir à Beaumont pour y être conquis, avec sa rivière apportant tous ses bienfaits. Et rien ne laissait supposer combien l’impact de la ville allait être fort sur certains.

En parallèle avec Beaumont, nous avons la capitale, Paris, avec ces barricades, ces réunions quotidiennes avec tous ces artistes du Romantisme naissant, George Sand et Théophile Gautier, entre autres, Paris nous rappelant ses vies tumultueuses qui nous font aspirer à plus de calme que la nature sait si bien nous prodiguer sans rien demander en retour et qui sait si bien nous inspirer aussi. Mais c’est de Paris, le noyau, que tout est parti, la nouvelle société politique et sociale se profile, laissant quelques filigranes essentiels servant de bases pour l’avenir, notre avenir…

Ce roman historique, ressemble un peu comme sur une grande toile et ses divers tableaux peints, dont l’écriture fluide et sensible coule comme la rivière, nous impose à se recentrer sur notre propre nostalgie de ce temps passé, nous redonnant l’envie d’y retourner et ce, à tout jamais.

 

Rose-Marie Thénin         Août 2011

La fille de papier, de Guillaume Mussot

C’est avec joie que j’ai retrouvé le dernier livre de Guillaume Mussot, auteur d’ouvrages qui m’ont déjà beaucoup interpellée, « Et après », « Seras-tu là ? » et « Parce que je t’aime ». Le style est toujours simple, peu ou pas de métaphores, mais surtout des personnages auxquels on se raccroche tant.

Les actions se déroulent aux Etats Unis, mais le lecteur peut s’identifier aisément, les existences dépeintes sont les nôtres, celles dont on rêverait, celles qui nous ont laissés à un moment « M » dépités. Pourtant, nous sommes constamment baignés dans les valeurs sûres, celles qui nous réconfortent, telles que l’Amitié, l’Amour, le Courage, entre autres.

L’auteur prend position et se bat volontairement contre ces loteries injustes que sont les numéros de la vie.

Tout au long de son roman, les protagonistes savent évoluer pour se bonifier, et ainsi trouver leur voie.

Le dénouement est des plus renversants, L’auteur change son répertoire, il fait de la fille de papier un roman léger, et beaucoup moins sombre que les précédents.

L’auteur nous redonne courage, et s’y emploie – chaque minute compte-. Il veut octroyer à Tom une seconde chance ainsi qu’à Milo et Carole, les laissés pour compte de la vie et de cette société qui les avait déjà bannis.

Il désire tout à coup que l’histoire de Tom reste crédible aux yeux des lecteurs, et pour une fois, l’auteur estompe son côté ésotérisme, surnaturel, pour nous rappeler à notre propre réalité, notre vie quotidienne. On ne peut se pencher vers le rêve jusqu’à la fin des temps, les solutions seront dans cette unité parallèle, pas de doute. C’est dans ce monde qu’il faut rester pour y goûter les joies de l’existence, pas celle des autres, mais la nôtre, confiée en mains propres à la Grande Horloge.

Je vous invite à aller faire un tour avec la Fille de papier, et vous verrez que je ne mens pas, du moins pas sur ce point…

 

Rose-Marie Thénin

Hush Hush, de Becca Fitzpatrick

Je croyais avoir tout abordé en matière de fantastique, mais voici un spécimen de la littérature non encore exploité – un ange déchu, Patch devenu ‘a bad guy’ voulant à tout prix devenir humain. Pour cela, il devra sauver un être pour en devenir son ange gardien. Mais cela ne se fera pas tout seul et aussi facilement.

La rencontre de Patch avec Nora va-t-elle changer quelque peu ses plans machiavéliques ? Va-t-il pouvoir la sauver, par amour pour elle et malgré lui ou au contraire, faire ce qu’il faut pour retrouver ses ailes retirées, et ne plus transiter entre les deux mondes ?

Dans cette fresque fantastique, Nora se rend compte que sa rencontre avec Patch n’est pas un hasard, elle se trouve en plein milieu d’une bataille commencée il y a de nombreuses décennies entre les anges et ces autres êtres, fruit d’un humain et d’un ange déchu. Cette nouvelle race nous interpelle tout comme Nora qui sans le savoir encore, ajoute sa contribution dans la trame chronologique. La part de pouvoir est grande et tous les coups sont permis pour y accéder.

Rien n’est plus émouvant qu’un amour interdit entre deux êtres qui sauront ou pas se sacrifier le moment venu pour l’autre.
Quelque chose d’intense les lie, mais jusqu’à quand et à quelles conditions ?

C’est ce que je vous propose de découvrir, et ce, avant qu’il ne soit trop tard !

 

 

Rose-Marie Thénin

L’appel du sang – La seconde vie de Bree Tanner, de Stephenie Meyer

 

Après avoir été captivée par la saga de Twilight, je me suis lancée à la poursuite de Bree Tanner, « nouvelle-née » vampire de 3 mois, âgée dans sa vie humaine d’une quinzaine d’années, qui va croiser Edward et Bella vers la fin de 3ème Opus – Hésitation, durant la bataille entre les nouveaux-nés et la famille Cullen.

Pour avoir les deux points de vue, celui de Bree et celui de Bella, j’ai repris Hésitation pour me remettre en condition et retrouver le pourquoi du comment.

Les comparaisons entre les deux livres sont évidentes, Tentation de la saga Twilight, comme tous les autres volets, apportent un quelconque sentiment de confort moral, d’amour de l’autre, tel que son bonheur prime avant tout ; alors que tout au long de ce livre est dépeint une grande anarchie, la Tour de Babel s’est concrétisée enfin, c’est le chaos total. Il n’y a plus de sentiments. Il n’y a plus rien, c’est l’apocalypse…

Ici, dans ces lignes, la douleur morale mais aussi physique de la transformation, une bataille de tous les instants pour rester en vie dans un monde impitoyable sont omniprésents.

Il n’y a pas de chapitre, tout est écrit en un bloc afin de ne pas laisser au lecteur le temps de reprendre son souffle, tant cette course est effrénée. Face à une race de jeunes vampires « nouveaux-nés », armée de 20 jeunes soldats il y a l’autre camp bien moins nombreux ‘les yeux jaunes’, les Cullen, aidé par Sam et sa meute. que ces autres vampires démoniaques, dépourvus de toute humanité que l’on va assigner au rang de bêtes féroces devront attaquer sans foi ni loi. Ici, il n’y a pas de doute possible, on voit bien le double jeu des Volturi assignant cette communauté de respecter leurs propres lois, dont une essentielle : ne pas se montrer au monde, ne pas divulguer leur existence, mais aussi leurs trahisons notoires…

Derrière le regard de Bree, nous la voyons survivre dans une sorte de léthargie permanente au milieu de ces êtres immondes aux instincts bestiaux, il y a cette rencontre avec Diego qui va lui ouvrir l’esprit… et le cœur, mais il y a celle aussi d’Elle, qui n’est autre que la terrible Victoria, qui sait tirer les ficelles du jeu, prenant un malin plaisir à manipuler Riley, le chef de cette tribu de sauvages, pour arriver à ses fins de vengeance. Au travers d’Elle s’inscrivent une grande machination, une manipulation de masse sur les « New-Borns ». Luttes de pouvoir, enjeux politiques et stratégiques sont mis en place et apportent la lumière sur les 3ème et 4ème volets de la saga.

Bree s’est frayé un chemin celui de son silence pour se fondre dans la masse et n’être point vue, et c’est ce qui permet sa survie potentiellement possible. On en arrive à éprouver de la compassion pour elle. Bree qui ne cherche pas à se rappeler son passé déjà lointain, ne veut pas non plus se projeter dans un futur des plus incertains. Seul le présent décompte ses minutes dans cet univers impitoyable. Comme le dit dans sa chanson, Jean-Louis Aubert « Il y a un monde ailleurs ». Et ces êtres appartenant à cette communauté demeurent toujours effrayants…

Pourtant, Bree va comprendre ce qu’il en est et nous le faire savoir et qui sait, en faire part à Edward, s’il a pu lire dans ses pensées. Elle va nous donner quelques indications sur le dernier volet – Révélation.

Il aurait fallu peut-être à Bree un peu plus de temps, pour être « élevée », pour contrôler cette bestialité inhérente à son lot. A ce propos, l’auteur a utilisé le prénom « Bree » auquel il manque le « d » pour vouloir dire « éduquer », « élever » en anglais.

Je me sens proche de Bree, et L’Appel du Sang – la seconde vie de Bree Tanner, résonne bien en moi comme une seconde vie, comme l’indique le titre de l’ouvrage, certes, celle qu’elle méritait, mais n’a certainement jamais pu accéder à une seconde chance, celle qu’elle méritait également, comme tout à chacun.

 

Rose-Marie Thénin

Dracula l’Immortel, de Dacre Stoker et Ian Holt

Mon engouement certain pour le fantastique, (cinéma et littérature) ne se borne pas uniquemnet au Seigneur des Anneaux, Harry Potter, ou à la saga Twilight. Pourtant, ces derniers temps, je me laisse plustôt guider par les vampires. Après avoir lu Dracula de Bram Stoker, me voici dans le Dracula ressemblant plus à celui que l’on connaît, Dracula l’Immortel de Dacre Stoker et Ian Holt.

Ici, nous ne sommes plus dans le style épistolaire alterné de journal intime. Par contre, les flach-backs nombreux sont insérés et nous font voyager dans le temps et dans l’espace.

Nous sommes dans l’action continellement. Les scènes sont courtes mais redoublent de violence et le suspens est intense. Chacune dépeint un vrai combat mené entre le bien et le mal. Dès les premières lignes, on est happés, l’angoisse insidieusement rôde. Dracula, le prince des ténèbres réapparaît et semble être racheté comme un homme de bien, proche de Dieu. A chaque thèse, son anthithèse, le mal absolu, ici la Comtesse Bathory dont la soif de sang ne se limite pas seulement à celui de ses victimes, mais en elle d’une vengeance sans nom sur les Hommes d'où elle a pu aquérir sa puissance démoniaque tel un couperet.

Ce livre aurait pou s’appeler La vengeance de Dracula, comme l’a dit le sinistrement célèbre Comte Dracula : « le temps est mon allié » dans le premier opus, alors qu’il était prêt à tomber.

On retrouve les personnages du premier roman un quart de siècle après, et tout ce temps chacun peut incriminer Dracula de leur vie désanchantée, ils sont vieilis mais tojours, si ce n’est plus, habités par la même hargne, celle d’unir leurs forces comme par la passé, contre Darcula. On se demande si ceux-ci vont pouvoir sortir indemnes de cet enfer comme dans le premier roman qui n’était « qu’une mise en bouche ».

Afin de réahabiliter et de faire perdurer la mémoire de son arrière-grand-oncle auteur de Dracula, Dacre Stoker fait revivre Bram Stoker, metteur en scène de sa propre pièce, tiré de son propore roman, Dracula. La fiction et la réalité sont mêlées. Mais ce n’est pas tout, on retrouve un autre acteur de l’épouvante Jack l’Eventreur, sans oublier le célèbre inspecteur Abberline qui s’est occupé de l’affaire en 1888, je pense notamment à l’interprêtation de Johnny Deep dans From Hell des Frères Hugues.

La fin est floue et laisse supposer que les restes du prince des ténèbres, avec tous ces trésors, sont envoyés par bateau – et par n’importe lequel le Titanic - à New-York, pour souligner le titre de l’ouvrage, Dracula l’Immortel, et qu’il va sans aucun doute, poursuivre sa mission de bien, et/ou veiller sur Quincey Harker.

Quant à ce protagnoniste, on sent bien qu’il est hors du commun, c’est la clé de toute l’histoire même…

Pour notre plus grand plaisir, tous les ingrédients sont réunis, les figures emblématiques de l’épouvvante, le suspens, les dénouenement quelque peu présentis.

On s’attend même à une suite… logique.

 

Rose-Marie Thénin

Dracula, de Bram Stocker

Petit résumé sur l’auteur, Livre de Poche

 

« Bram stocker, précurseur et avant-gardiste, est né à Dublin en 1847. L’enfance de l’auteur est bercée par les légendes celtes où il puisera toute son inspiration. Après des études au prestigieux Trinity Collège, il devient fonctionnaire, et à ses heures perdues, commence à rédiger des articles de journaux et à fréquenter les milieux culturels. Son premier roman The Chain of Destiny paraît en 1875, mais c’est bien entendu Dracula qui assied sa notoriété. Après de nombreux romans et nouvelles, Bram Stocker décède à Londres en 1912 »

Mais que dire de l’œuvre, qui en est une, détenant la palme d’or dans la littérature du 19ème siècle, signe avant-coureur de la fantaisie et de l’horreur.

Le style est écrit sous forme épistolaire et sous forme de journal comme bon nombre d’ouvrages de l’époque. C’est une façon comme une autre d’avoir le point de vue de tous les protagonistes. Le style est épuré, sans métaphore, sans autre artifice que les mots contenus dans le journal des différents personnages.

Au début, l’auteur veille à installer son décor, et puis plus on avance plus l’intensité dramatique se durcit. Le lecteur ne cesse d’être captivé. La crainte s’installe dans chaque ligne, l’atmosphère devient difficilement respirable et la peur omniprésente devient notre meilleure ennemie.

 

Ce Dracula, ne serait-il pas le premier d’une longue série ?

 

Rose-Marie Thénin

Commentaires des livres Seras-tu là ?, Et après et Parce que je t’aime de Guillaume Mussot

Dans ces 3 livres, « Seras-tu là ? », « Et après », et « Parce que je t’aime », on peut déceler le dénominateur commun, qui constitue à lui seul un antagoniste de taille : le paranormal ou l’ésotérisme.

 

Dans ces livres on retrouve le fil conducteur vers des valeurs sûres, telles que l’amour et l’amitié, celles qui sont plus fortes que tout.

 

Les histoires suscitent l’intérêt dès les premières lignes, et l’envie d’aller jusqu’au bout de l’histoire est permanente.

 

Le style est proche de nous afin de mieux s’identifier.

 

La souffrance des personnages est tellement réelle qu’elle est facilement visualisée, comme dans un film.

 

Le regard sur l’autre reste humble, et on sent une grande solidarité, ce qui permet de trouver une solution et surtout une guérison à tous ces maux.

 

Le style utilisé est simple, sans fioriture ni métaphore, l’auteur emploie une sémantique et une syntaxe des plus proches de nous, afin de mieux nous émouvoir. Les histoires sont touchantes, et on veut que les lettres du mot bonheur résonnent enfin dans le cœur des personnages en souffrance.

 

Rose-Marie Thénin

Seras-tu là, de Guillaume Mussot

L’histoire pourrait sembler quelque peu banale : fin et bilan de la vie d’un homme sexagénaire, marqué par une vie inaccomplie et douloureuse. Même si sa vocation première est de guérir les autres – avant même de se guérir soi-même – de par sa profession, l’homme Elliot, chirurgien pédiatre, a tout donné à ces enfants qu’il pouvait incarner dans sa souffrance et son sentiment de culpabilité, dominé par le fait de n’avoir pas pu, en son temps, sauver sa propre mère. Là aussi, il avait voulu changer le destin vainement du reste, mais cet épisode alerte le lecteur comme un leitmotiv.

Et puis tout bascule, cette rencontre avec son « double », son cadet de 30 ans, va complètement changer le cours de choses, n’est-ce pas ce dont on parle dans ce livre ? Cette rencontre primordiale va renverser tout sur son passage, va faire basculer le destin, pourtant immuable, et écrit par de hautes instances, et ne faisant aucune dérogation en «temps normal ».

Cette connexion entre passé, futur et présent, est très intéressante et nous donne une meilleure approche de la psychologie des protagonistes et des dénouements assez inattendus.

Et puis passé, présent, et futur ne sont-ils pas intrinsèquement liés, que seule une nano-seconde peut différencier. Cette juxtaposition n’est pas anodine - passé/présent/futur - nous propulse en même temps que les personnages à la vitesse de la lumière dans des univers parallèles, en laissant une partie de nous-même, comme à chaque fois. Ces incursions nous déboussolent aussi tout comme les personnages. On peut se poser la question, et si tout cela était irréel, juste le fruit de notre imagination débordante ? Et si cela n’était un rêve même éveillé ?

Le thème de la raison-déraison est aussi abordé, on ressent bien l’équilibre en suspens, tel un fil invisible sur lequel notre raison tente de se frayer un chemin. Quelle peut être la frontière entre le rationnel et l’irrationnel, la raison et la déraison ? Pour la franchir, il n’y a q’un pas.

Cette recherche du bonheur à tout prix nous met véritablement en danger, mais nous poursuivons notre route, coûte que coûte. Toute transgression au destin scellé, de la vie à la mort, engendre des représailles d’autant plus funestes. Qui a osé braver les dieux ? C’est payer un lourd tribu de vouloir changer l’ordre des choses.

Pourtant ces voyages dans le temps -impénétrable et immuable- permettent de redonner une chance accordée par les Dieux en colère. Tout homme a le droit à la rédemption quand ceux-ci se sont apaisés.

Poussés par une force incontrôlable, ils vont transgresser toutes les lois régies par notre univers et accomplir leur mission des plus analeptiques. Toutes les pièces du puzzle sont redoutables et enferment dans un étau les personnages qui évoluent dans une incomplétude déconcertante. Les personnages vont au bout de leur détermination, même si cela peut les anéantir : Elliot sauve Ilena par amour, Mathieu sauve Elliot par amitié.

Au cours de la lecture, on voit bien les dédoublements de personnalité, pour accentuer le fait que nous devons à tout moment prendre des décisions – Bien-Mal, ne sont-ils pas intimement liés ?

Une connotation religieuse est présente aussi et permet un équilibre entre les différentes forces.

Les petites phrases avant chaque chapitre sont tout à fait adéquates, elles sont là pour renforcer ce qui suit, et donnent plus de corps au texte.

Le lecteur rencontre des valeurs sûres, comme l’amour et l’amitié auxquelles il se raccroche. Et ce sont ces concepts qui vont sauver les personnages. Ils savent qu’ils ne sortiront pas indemnes de ce cataclysme, de ce bouleversement de l’Ordre tout Puissant[1], mais ils vont devenir matures, enfin, et de par leur vie inaccomplie, ils vont apprendre et faire ce qui est en leur pouvoir pour rendre les choses enfin possibles afin de s’octroyer les dernières minutes de leur vie comme synonymes de bonheur assuré.

Elliot ne voulait pas d’enfant même avec Ilena, femme qu’il adorait plus que tout, car il en avait peur. Oui peur de cet enfant qui n’avait pu grandir, faute d’avoir tué sa mère, culpabilité qui ne cessait de le ronger. Il a pourtant pu élever sa fille Angie, aspect du livre qui redonne un peu de couleur à la morosité environnante. L’amour paternel est très fort, et même on peut ajouter qu’une relation fusionnelle s’est installée au fil du temps.

Le style utilisé est simple, sans fioriture ni métaphore, l’auteur emploie une sémantique et une syntaxe plus proche de nous, afin de mieux nous émouvoir. Son histoire est touchante, et on veut que les lettres du mot bonheur résonnent enfin dans le cœur des personnages en souffrance.

La fin ne peut être qu’émouvante. La dimension dramatique de ce dénouement est arrivée à son paroxysme, enfin ce qui n’a pu être ni dans le présent ni dans le passé va pouvoir se concrétiser dans le futur, qui d’habitude est loin d’être encourageant. L’auteur donne également une chance au présent de se matérialiser, mais aussi au futur qui doit donner sa vraie contribution au bonheur palpable dans les dernières pages. Quel soulagement de savoir que tout n’est jamais perdu totalement !

 

Rose-marie Thénin



 

Et après… , de Guillaume Musso

Dans ce livre, l’auteur nous donne une vraie leçon de vie : l’amour est plus fort que tout, que le confort social, que la mort, puisque Nathan a pu, avant de disparaître se réconcilier avec sa femme. Le héros Nathan a besoin de devenir vraiment adulte pour accepter l’inévitable, a besoin de se bonifier avant de quitter le monde qui a su le rendre si heureux – pour mieux le déchirer de l’intérieur par la suite. Il doit reconquérir l’unique femme qu’il aime, et qu’il a d’ailleurs sauvé de la noyade il y a si longtemps, avant de savoir que c’est elle qui doit disparaître, alors, qu’il pensait que cette lumière lui était réservé, comme tout égoïste qu’il était avant son changement.

Il devra vivre avec cette souffrance ultime et permanente d’avoir perdu l’être le plus cher, tout en sachant qu’ils ont pu se retrouver avant la brusque rupture.

Le lien avec cette femme tant aimée et perdue est incarné par leur fille unique Bonnie

Le départ de Mallory, se fait doucement, presque sans heurt, grâce à l’amour et au pardon exprimés.

 

Rose-Marie Thénin

Parce que je t’aime, de Guillaume Musso

Dès les premières lignes des livres de Guillaume Musso, on se sent happé par le tourbillon incontrôlable, qui donne à nos personnages la possibilité d’anéantir leurs peurs, de se bonifier, de vivre une autre vie. La souffrance physique et morale des personnages nous laisse penser que notre existence ici-bas est une épreuve régie par « l’Ordre tout puissant »# de laquelle il faut s’émouvoir pour en sortir vainqueur.

Dans « Parce que je t’aime », l’auteur a choisi des personnages de couches sociales différentes, de provenance familiale différente, pourtant leur souffrance n’est pas des moindres – Evie, Allyson, Mark et, Connor n’ont été épargnés en rien à ce tumulte dévastateur. Connor est le gardien de ces âmes anéanties et c’est lui qui va les sauver tous, même lui-même.

Le visage récurrent qu’il dessine après ses multiples brûlures nous fait penser à la vraie détermination de l’Homme de chercher sa vérité et de trouver l’amour, le vrai, celui dont on s’enveloppe depuis toujours pour se tenir chaud les soirs de grand vent. La descente aux enfers est totale pour ces personnages en quête de leur touchante vérité. Leur mission est claire, aider son prochain, c’est ce qui les maintient en vie jusque là. 

On pourrait croire que Connor est le lien entre ces personnages, en fait c’est Nicole le vrai lien. Nicole par amour pour Mark, a pu cacher pendant de longues années la mort de leur unique enfant (Layla), selon le titre de ce roman, elle a pu faire en sorte que la vérité éclate « en douceur » pour Mark ainsi que pour tous les autres. Comment a-t-elle pu endurer ce lourd chagrin, cette souffrance extrême toute seule, et faire « bonne figure », pendant ces temps d’errance morale ? L’enlèvement n’est qu’une fausse piste pour le lecteur, ce n’est qu’un leurre pour mieux le concentrer sur la fin quelque peu inattendue.


Rose-Marie Thénin

L’Empreinte de l’ange, de Nancy Huston

Tout d'abord, un petit mot sur le style : Il est net, simple sans fioriture, sans métaphore, l'auteur dit les choses telles quelles, elle ne dramatise aucune situation dépeinte même si...Habilement, elle nous donne des références historiques et géographiques qui sont nos repères dans le temps, la chronologie de l'histoire et l'évolution des personnages. On voyage (très souvent à pieds du reste), dans Paris, dans le quartier du Marais que je connais et même reconnais certains noms de rues (rue Roi de Sicile, rue vieille du temple). On assiste à l'évolution de Saffie. Grace à cet amour qu'elle vit intensément avec Andras, on vit avec elle cette métamorphose, de rien, on arrive à des sentiments exacerbés, des émotions et sentiments jusqu'alors inconnus.La guerre aurait dû les séparer, lui juif hongrois, et elle allemande, non, elle les a rapprochés dans leurs âmes douloureuses et leur a permis de se trouver, enfin. Ces parties du passé, vestiges d'un temps révolu, nous font glisser malgré nous dans les affres de la guerre, ceux qui ont détruit de façon si habile Andras et Saffie. L'auteur veut, en fait, nous avertir, il faut vivre le moment présent, celui qui est plus doux. Ce présent, qui nous donne des ailes (comme à un ange) - face à l'avenir incertain, présage féroce semé dans chaque page du roman. Le caractère embrumé d'Emil laisse présager sa terrible fin - sa mort, la mort symbolique de Saffie, sa disparition, la perte d'un être cher jusqu'à disparaître soi-même. La fin est terriblement prévisible. Toute cette rancœur, cette jalousie d'avoir été exclu de cette relation mère/enfant, mère/amant ressurgit. Il faut vraiment que Raphael soit devenu désespéré pour perdre le contrôle de lui-même, jusqu'à lâcher son propre fils dans ce train de la mort, face à une fin douloureusement pénible Il n'y donc plus rien a ajouter, donc toute nouvelle émotion  ou tout nouveau sentiment aurait été l'ultime mensonge qui se rajouterait a tous ces autres déjà rencontrés au cours de notre lecture, (la vie de Saffie, la vie de Raphael -qu'il voulait douce, feutrée), la vie d'Emil, la vie d'Andras). Tous les personnages sont liés les uns avec les autres, et s'il manque une pièce du puzzle, c'est tout le jeu qui est en danger. Et puis cette rencontre fortuite entre les deux hommes a la fin, est symbolique d'une part pour renforcer la double vie de Saffie, les deux papas d'Emil, et d'autre part, la question est posée, quelle est l'attitude à adopter face à une telle situation ? Et puis, pour conclure, comme le dit si bien l'auteur, il faut qu'il n'y ait plus aucun ressentiment, pour que "l'empreinte de l'ange" soit laissée. Donc il y a eu rédemption, face à la colère des dieux enfin apaisés, donc il n'y a plus rien, la boucle est bouclée, tout comme au début, la vie n'était pas. "L'empreinte de l'ange", c'est aussi d'avoir donné aux protagonistes la chance de pouvoir vivre leur amour si intensément, cette chance à Saffi e et à Andras de "vivre" tout simplement, de s'aimer, de s'aimer vraiment.Le titre est représentatif de ce bonheur sans faille ou presque. Le titre c'est aussi ce mensonge de toute une vie, ce bonheur auquel on aspire tant, face à cette vie qui nous roue de coups."L'emprunte de l'ange" a laissé enfin sa trace.


Rose-Marie Thénin

« Le livre de Dina » Tome 1 s'appelle les limons vides de Herbjorg Wassmo

En lisant ce livre, j'ai pu avoir une vision de ce pays des plus lointains, une vision de la vie là-bas rude et impalpable, comme si le temps s'est arrêté quelque part, comme si tout avait disparu, pour ne laisser que du rien, lui si palpable.Le style est beau, délicat, mais froid, il reflète l'environnement. Toutes les lignes nous rappellent où nous sommes et les gens que l'on rencontre, sont vides eux aussi.Il semble qu'il n'y ait pas de sentiments, pas d'émotions, sauf le plaisir et le désir  qui viennent trébucher et nous faire prendre conscience ce qu'est la vie. Ce plaisir que Dina vit au travers de ses amants qu'elle use et abuse est l'unique chaleur découverte au travers de ces lignes atones.Tout est feutré, même les scènes d'amour sont écrites avec beaucoup de délicatesse.Les antagonistes sont indifférents  tout comme le style, sauf la domestique Orline qui aime vraiment d'amour son maitre Jacob.C'est comme si dans ce monde cloisonné, les personnages ne se rejoignaient pas, comme s'ils ne se rencontreraient pas vraiment, si ce n'est que pour se tolérer.Dina n'a peur de rien ni de quiconque, elle affiche son corps, ses plaisirs, ses envies aux yeux de tous, elle est libre, elle prend sa revanche en quelque sorte, revanche de la perte brutale de sa mère, de son père qui ne la comprend pas, de son mariage forcé avec un homme son aîné de 30 ans.Les autres personnages se cachent de tout, tout semble doux, mais ce qui ressort est la  cruauté implicite de ce monde insolite.Dina vit vraiment sa vie. Elle prend les choses et les jette, tout comme ses amants. Rien ne l'intéresse plus, elle vit à côte d'elle sans fusionner avec cet être qui lui ressemble toutefois.On ne sait pas d'ailleurs si elle a fait exprès de faire tomber la bassine qui va ébouillanter sa propre mère. On sait seulement qu'elle est une meurtrière à son insu, d'ailleurs a la fin, elle tue son mari, mais n'est-ce pas aussi une façon de lui éviter une trop grande souffrance ?La gangrène est le symbole de ce livre, une pourriture  insidieuse qui ne renoncera jamais à tuer ses victimes lentement.Jacob finit dans le ravin et ne sera inhumé que quelques jours plus tard décomposé par la mort imparable et terrible. Elle nous fait croire qu'elle n'a pas de chagrin, ni de remords, mais son sens de la culpabilité et sa tristesse sont bien plus intenses quand  elle s'adresse à elle-même dans son lire "je suis Dina", à ce moment privilégié, elle retrouve sa vraie identité, elle voit enfin sa mère.Ce livre ouvre des horizons différents, un monde froid et impénétrable, dénudé de compassion pour quiconque, un monde perdu dans le "No Man's land".Ce monde tiré de l'imagination de l'auteur (semblant ne faire qu'un avec l'héroïne), n'est pas forcement irréel, la Norvège n'est pas si loin et la dureté de la vie là-bas est bien celle que vivent les habitants de cette contrée  vide de tout, tout comme la vie de Dina relatée dans Le livre de Dina. 

Rose-Marie Thénin

Blanche, Night and Day, de Marianne Guilleraud

Ce livre est écrit sous forme d’un monologue sans dialogue, comme une pensée sourde qui mûrit tout doucement pour se concrétiser enfin.Cette femme, Blanche, trouve sa voie ou voix (théâtre), dans l’écriture et la scène, tout comme l’auteur, elle-même chroniqueuse et comédienne. D’ailleurs le style est celui d’une chronique, l’écriture est saccadée, entrecoupée de virgules pour souligner la course effrénée que vit cette femme, en tant  que chef d’entreprise, mais aussi celle qu’elle mène quotidiennement pour accéder au bonheur, à son bonheur. Le style ne contient aucune métaphore, aucune fluidité, mais plutôt une configuration pragmatique, qui rappelle la jeune femme dont il est question. Le langage est effectivement celui d’une femme d’affaires, une femme qui va à l’essentiel.Une certaine sensibilité se ressent toutefois, on est de tout cœur avec Blanche pour qu’elle aime enfin sa vie, après avoir sombré dans l’alcoolisme et la dépression.Elle ne s’apitoie pas sur son sort, elle sait prendre les choses à bras le corps, elle a l’habitude. C’est d’ailleurs ce qu’elle fait à la fin de l’ouvrage, pour vivre pleinement sa vie.Elle nous fait un clin d’œil, en vivant à 300 à l’heure pour se griser, pour se noyer dans des activités multiples et dites prioritaires, pour ne plus penser à elle-même, à son vide imparable cognant à chaque porte fermée. Elle s’oublie dans ce dédale en s’imposant toutes ses tâches dites importantes.L’auteur, s’est servie de sa propre expérience pour nous donner une belle leçon de vie, celle de trouver impérativement nos priorités, et de se tourner vers elles, pour définir notre voie qui jusque là était camouflée. D’ailleurs, le plus beau symbole de sa métamorphose est le fait qu’elle aime son prénom  dans les dernières lignes.Le titre est intéressant, aussi, Blanche, Night and Day,  la nuit se place entre le prénom de l’héroïne en premier et le jour en anglais, mais peut-être est-ce le titre d’une chanson, tout comme les titres de chapitres dans ce roman.


Rose-Marie Thénin

7 ans après, de Marc Levy

 

L’auteur nous décrit deux mondes parallèles qui ne se rejoindront jamais.

On avait d'un côté l'abondance de tout sauf des sentiments qui eux étaient étouffés, aux USA, et de l'autre, en Amérique du Sud, de simples gens essayant de combattre les monstres naturels, en autres les catastrophes importantes qui sévissent inexorablement dans ces contrées, et la faim, spirale tout autant plus meurtrière. Entre ces deux points de vue, un contraste intéressant se dessinait. 

Cette situation s'est encore plus accentuée à l'arrivée de Lisa la fille de Susan, un peu peut-être pour remettre en cause cette vie faite de fioritures multiples, ou rien ne semble compliqué, ou tout semble facile, Lisa est la pour nous remettre a notre place, elle qui vient justement de ce pays où rien n’est acquis, où il faut se battre, jusqu’à même donner sa propre vie pour survivre.

L'écriture est humble aussi, les sentiments sont là, mais délicatement décrits comme par pudeur dans un monde ou tout s'écroule, de part et d'autre.

Le texte est beau, donnant a Philip la possibilité de vivre ce qu'il n'a jamais pu vivre avec Susan, la présence de Lisa en est un signe indéniable, et l'aide a trouver son acheminement, tout comme les autres personnages d'ailleurs.

Ce texte nous recadre dans notre monde partagé, il nous redonne une vision plus dramatique des sentiments et des émotions éprouvés, et redonne au lecteur l’espoir d’un monde meilleur, même dans les pires situations.

 

Rose-Marie Thénin


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